Manifeste
Un constat du monde qui invite au passage à l’action. La science qui offre le pouvoir d’agir. Des thèmes qui motivent mon passage à l’action. Une méthode d’action sincère et sans compromis.
Constat
Notre époque vacille
• 7 des 9 limites planétaires sont déjà franchies
Source : Stockholm Resilience / Science Advances, 2025
• 700 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté
Source : World Bank, 2024
• 56% de la population mondiale vit sous un régime autoritaire ou hybride
Source : Indice EIU, 2023
• 1 humain sur 2 sera touché par un trouble mental au cours de sa vie
Source : Méta-analyse Lancet, 2023
• 1 humain sur 3 vivra dans des zones inhabitables d’ici 2070
Source : Étude PNAS, 2020
• 40% de la population mondiale vivra sous stress hydrique extrême d’ici 2040
ource : World Bank, 2024
• 70% des populations vertébrées ont disparu en 50 ans
Source : Living Planet Index, 2024
• 98% des océans sont affectés par les activités humaines
Source : npj biodivers, 2024
• Les 1% les plus riches émettent autant de CO₂ que les 66 % les plus pauvres
Source : Oxfam 2023
• 10% des humains détiennent 76% de la richesse mondiale
Source : World Inequality Report 2022
Ce n’est pas une série d’accidents, c’est le symptôme d’un dysfonctionnement global.
Anatomie de l'échec
Le grand paradoxe du XXIe siècle ne réside pas dans le manque d’informations, mais dans l’impuissance de l’action. Jamais dans l’histoire une espèce n’a disposé d’une telle acuité sur sa propre condition. Nous avons modélisé avec précision la montée des inégalités, cartographié les mécanismes de la polarisation politique, séquencé les risques pandémiques et anticipé l’épuisement de nos ressources. Les données sont là : sur la précarité sociale, sur le recul démocratique, sur la santé mentale, sur le climat. Les voyants rouges clignotent sur l’intégralité du tableau de bord de la civilisation.
Pourtant, la trajectoire ne fléchit pas. Les écarts de richesse continuent de se creuser, la confiance dans les institutions s’effondre, les conflits s’enlisent et les écosystèmes se meurent.
Pourquoi ? La réponse facile consiste à blâmer le manque de « volonté politique » ou la cupidité de quelques-uns. Bien que réels, ces facteurs sont des symptômes, non des causes racines. Se contenter d’une lecture morale de la catastrophe nous condamne à l’impuissance. Pour comprendre pourquoi l’humanité échoue à garantir sa propre sécurité, sa santé et sa liberté, nous devons abandonner l’idée que nous sommes des êtres purement rationnels pilotant un système logique.
Cette partie “Anatomie de l’échec” propose une vue d’ensemble des forces invisibles qui maintiennent le statu quo. Elle liste les verrous qui paralysent : des biais cognitifs archaïques qui fragmentent nos sociétés et nourrissent la haine, jusqu’aux lois inviolables de la thermodynamique qui contraignent nos flux, en passant par les structures socio-économiques devenues inefficaces.
On ne répare pas une machine complexe sans identifier précisément les raisons profondes de son dysfonctionnement.
Limites biologiques et neurocognitives (le facteur individuel)
Le bug du cerveau humain.
Avant d’être politique ou technologique, le premier verrou est biologique. Notre équipement neurocognitif, forgé par des millions d’années d’évolution pour assurer notre survie immédiate dans la savane, est devenu obsolète face à la complexité du monde moderne.
Nous tentons de piloter une civilisation planétaire interconnectée et abstraite avec un cerveau conçu pour la chasse, la cueillette et la vie tribale. Ce décalage fondamental, ou « mismatch évolutif », crée une friction permanente entre ce que nous devrions faire rationnellement et ce que notre biologie nous pousse à faire instinctivement. L’échec n’est pas un manque de moralité, c’est une erreur de compatibilité système.
Liste des concepts clés :
- Le circuit de la récompense (boucle dopaminergique)
Mécanisme de survie priorisant la satisfaction immédiate. Aujourd’hui piraté par la surconsommation et l’économie de l’attention, il rend la sobriété et la planification à long terme physiologiquement contre-intuitives. - Le nombre de Dunbar
Limite cognitive restreignant notre capacité d’empathie réelle à environ 150 personnes. Au-delà, « l’humanité » est une abstraction. Cela explique la persistance du tribalisme et notre difficulté à coopérer à l’échelle globale. - La réponse « Lutte ou Fuite »
Le cerveau ne déclenche l’état d’urgence (adrénaline) que face à un danger physique immédiat. Face aux menaces lentes ou invisibles (dérèglement climatique, érosion démocratique), il reste passif, ne percevant pas le danger. - L’escompte hyperbolique (hyperbolic discounting)
Biais cognitif qui dévalue massivement le futur. Nous préférons un petit gain tout de suite à un grand gain plus tard. C’est la racine neurobiologique de l’inaction politique et de l’endettement. - Le biais de normalité et le bias de confirmation
Mécanismes de défense psychique. Le premier nous fait croire que « demain ressemblera à hier » (sous-estimation des crises), le second nous fait rejeter les faits qui contredisent notre identité (polarisation sociale). - L’Heuristique de Disponibilité
Biais cognitif par lequel nous jugeons la probabilité d’un événement en fonction de la facilité avec laquelle des exemples nous viennent à l’esprit. Si nous n’avons jamais vécu personnellement une sécheresse mortelle ou une guerre civile, notre cerveau peine à en concevoir la réalité concrète. - Le syndrome du déplacement de référence (Shifting Baseline)
Une forme d’amnésie collective. Chaque génération accepte l’état dégradé du monde à sa naissance comme la « norme », nous rendant aveugles à la gravité de l’effondrement en cours. - La cécité exponentielle
Notre cerveau anticipe le changement de manière linéaire (1, 2, 3), alors que les crises (virales, climatiques, sociales) évoluent de manière exponentielle (1, 2, 4, 8). Nous réagissons donc systématiquement trop tard. - L’Impuissance Apprise (Learned Helplessness)
État psychologique de résignation qui survient lorsqu’un individu est soumis de manière répétée à des stimuli aversifs incontrôlables. À force de voir les crises s’enchaîner sans pouvoir agir, le cerveau « apprend » que l’action est inutile et bascule dans la passivité. - La Théorie de la Gestion de la Terreur (TMT)
Théorie de psychologie sociale postulant que la conscience de notre propre mort génère une terreur existentielle. Pour la gérer, l’humain s’accroche fanatiquement à ses valeurs culturelles et à des symboles de statut (argent, consommation) qui lui donnent un sentiment de permanence et d’importance.
Verrous thermodynamiques et physiques (le facteur matériel)
Le mur du réel.
Si le premier verrou se situe dans nos têtes, le second se trouve dans les lois inviolables de l’univers. Nous avons construit nos sociétés, nos économies et nos idéologies politiques comme si elles flottaient dans un vide abstrait, affranchi de la matière. C’est l’illusion suprême : croire que les lois humaines (le marché, le vote, la monnaie) peuvent supplanter les lois physiques.
Or, la physique ne négocie pas. L’humanité est un sous-système de la biosphère, soumis à des contraintes énergétiques et matérielles strictes. L’échec actuel provient d’une tentative désespérée de maintenir un modèle de civilisation en expansion infinie à l’intérieur d’un périmètre fini. Ce que nous percevons comme des crises économiques (inflation, pénuries) ou géopolitiques (guerres pour les ressources) ne sont souvent que la traduction sociale de limites physiques indépassables que nous avons heurtées de plein fouet.
Liste des concepts clés :
- L’entropie (deuxième loi de la thermodynamique)
Loi universelle stipulant que tout système clos tend vers le désordre. Pour créer de l’ordre (une ville, un smartphone, une loi), il faut inévitablement dégrader de l’énergie et rejeter des déchets ailleurs.
Implication : Le recyclage parfait est physiquement impossible. Toute activité humaine, même « verte », génère une dégradation irréversible de l’environnement. - Les structures dissipatives
Concept indiquant qu’une société complexe (comme la nôtre) ne se maintient en vie qu’en traversant un flux massif d’énergie. Plus une société est organisée (complexe), plus elle doit « brûler » d’énergie pour ne pas s’effondrer sur elle-même.
Implication : La complexité sociale coûte cher. Sans énergie abondante, les structures étatiques, sanitaires et démocratiques se simplifient brutalement (effondrement). - Le Taux de Retour Énergétique (TRE ou EROI)
Ratio calculant l’énergie récupérée par rapport à l’énergie investie pour l’extraire. Au début de l’ère pétrolière, on investissait 1 baril pour en trouver 100. Aujourd’hui, on frôle le 1 pour 15.
Implication : L’énergie « utile » disponible pour la société (hôpitaux, écoles, culture) diminue. Nous devons consacrer de plus en plus de ressources juste pour maintenir le système en marche, créant stagnation économique et tensions sociales. - Les limites planétaires et le pic des ressources
La Terre est un système fini doté de seuils critiques (climat, biodiversité, eau douce, minerais) et de stocks non renouvelables.
Implication : La pénurie n’est pas une anomalie de marché, c’est une donnée géologique. La compétition pour ces restes finis est le moteur structurel des conflits armés et des inégalités modernes. - Le verrouillage technologique (Carbon Lock-in)
L’inertie lourde des infrastructures physiques : une centrale, une ville ou un réseau routier construit aujourd’hui détermine la consommation pour 40 à 60 ans.
Implication : Même avec une volonté politique immédiate, la matérialité de notre monde possède une viscosité temporelle. Nous sommes prisonniers des choix d’infrastructures faits il y a des décennies. - L’Effet de Réseau (Network Effect)
Phénomène économique où l’utilité d’un bien ou d’un service dépend du nombre de ses utilisateurs. Il est difficile de quitter un réseau hégémonique (comme la voiture individuelle ou les énergies fossiles) tant qu’une alternative n’a pas atteint une masse critique d’utilisateurs la rendant viable.
Implication : La tyrannie de la majorité technologique. Les alternatives vertueuses échouent non pas parce qu’elles sont moins bonnes, mais parce qu’elles sont seules. Le système actuel s’auto-renforce par sa simple omniprésence.
Dynamiques systémiques et économiques (le facteur structurel)
Le piège du pilote automatique.
Si la biologie est notre nature et la physique notre prison, l’économie est la cage que nous avons nous-mêmes construite (et dont nous avons perdu la clé). Ce niveau d’échec est le plus insidieux car il est purement conceptuel : il repose sur des règles du jeu inventées (monnaie, dettes, PIB, …) qui ont fini par s’autonomiser.
Nous avons conçu un « système d’exploitation » sociétal optimisé pour une seule variable : la croissance des flux. Aujourd’hui, ce système fonctionne à la perfection selon ses propres règles, mais ces règles sont devenues toxiques pour ses habitants. Le système économique mondial se comporte désormais comme un « Superorganisme » : il poursuit sa propre logique d’expansion sans se soucier du bien-être humain, de la stabilité démocratique ou de la viabilité écologique. Les dirigeants ne pilotent plus la machine ; ils ne font qu’en graisser les rouages.
Liste des concepts clés :
-
Le dogme de la croissance infinie et le PIB
Postulat fondateur exigeant que l’activité économique augmente chaque année (exponentielle) : le PIB, boussole unique, mesure l’agitation monétaire mais pas le bien-être.
Implication : Le système est aveugle à la destruction. Une marée noire, une épidémie ou une guerre augmentent le PIB (dépenses de réparation, soins, armes). À l’inverse, la prévention, l’éducation parentale ou le bénévolat ne « valent » rien. Nous optimisons la destruction créatrice de valeur marchande au détriment de la santé sociale. -
La Tragédie des Horizons (Mark Carney)
Concept désignant la désynchronisation fatale entre les cycles de décision humains et les cycles biophysiques. La finance opère à la milliseconde, la politique à 5 ans, mais le climat réagit sur des siècles.
Implication : La myopie structurelle. Les institutions sont incapables de traiter des risques qui se situent au-delà de leur horizon de responsabilité ou de mandat. Le système n’est pas « méchant », il est temporellement aveugle. -
L’externalisation des coûts (négligence systémique)
Mécanisme comptable permettant de privatiser les profits tout en socialisant les dommages : une entreprise réalise des gains en polluant ou en sous-payant, tandis que la collectivité paie les dégâts (soins maladies chroniques, aides sociales, nettoyage).
Implication : Le vice est subventionné. Il est économiquement rationnel de détruire la santé publique ou la cohésion sociale tant que la facture est réglée par l’État ou les générations futures. Le signal-prix est faux. - Le paradoxe de Jevons (effet rebond)
Observation contre-intuitive : plus une technologie est efficace et économe (IA, moteur propre), plus la consommation globale de cette ressource augmente, car elle devient moins chère et plus accessible.
Implication : L’innovation technologique seule ne résout rien. Elle ne fait qu’accélérer le métabolisme du système. L’automatisation ne libère pas du temps de travail, elle densifie les tâches (burnout). - La loi des rendements décroissants (complexité de Tainter)
Théorie sociologique : pour résoudre des problèmes, une société ajoute de la complexité (lois, bureaucratie, impôts). Au début, cela aide. À la fin, le coût pour maintenir cette complexité dépasse les bénéfices qu’elle apporte.
Implication : Paralysie administrative et institutionnelle. Nos démocraties s’épuisent à gérer leur propre lourdeur procédurale au lieu de traiter les urgences. Le système devient fragile et coûteux, prêt à s’effondrer sous son propre poids. - Le Superorganisme (l’économie autonome)
Vision systémique où l’économie mondiale est considérée comme un organisme vivant énergivore dont les humains ne sont que les cellules (travailleurs/consommateurs).
Implication : Absence de pilote. Aucun chef d’État ou PDG n’a le pouvoir d’arrêter la machine. Celui qui tente de ralentir est immédiatement éjecté par la « sélection naturelle » du marché. Cela explique le sentiment d’impuissance politique total face aux marchés financiers. - L’Isomorphisme Institutionnel
Tendance irrépressible des organisations à imiter les structures de celles qui réussissent ou qui dominent, par souci de légitimité plutôt que d’efficacité. Pour être « crédible », une organisation écolo finit par adopter les codes bureaucratiques de ceux qu’elle combat.
Implication : La standardisation du monde. L’innovation radicale est étouffée car toute tentative de faire « autrement » est perçue comme un risque ou un manque de professionnalisme. Le système se reproduit à l’identique, même quand il court à sa perte.
Pièges psychosociaux et théorie des jeux (le facteur collectif)
Le manque de coordination.
Ce niveau explique pourquoi des individus rationnels et bienveillants peuvent collectivement courir au suicide. C’est le domaine de la Théorie des Jeux : l’étude mathématique des interactions stratégiques.
Notre échec actuel réside dans une configuration tragique où l’intérêt individuel (d’une personne, d’une entreprise ou d’une nation) est diamétralement opposé à l’intérêt collectif. Dans cette architecture, celui qui agit vertueusement « seul » est pénalisé, voire éliminé, tandis que celui qui triche ou exploite le commun gagne un avantage court terme. Faute d’une autorité globale ou d’une confiance absolue, nous sommes piégés dans une méfiance paralysante. Nous savons tous ce qu’il faut faire, mais personne ne veut bouger le premier de peur d’être le seul à payer le prix.
Liste des concepts clés :
- La tragédie des communs (Garrett Hardin)
Situation où des individus, agissant indépendamment et rationnellement selon leur propre intérêt, épuisent une ressource partagée, même si cela est contraire à l’intérêt du groupe à long terme.
Implication : Destruction inévitable des biens « gratuits » ou mal protégés (climat, océans, système de santé public, confiance démocratique). Chacun se dit : « Si je ne le prends pas, un autre le fera ». - Le dilemme du prisonnier (global)
Paradoxe fondamental où deux acteurs auraient intérêt à coopérer, mais où la méfiance les pousse à la trahison pour éviter le pire scénario individuel.
Implication : Paralysie géopolitique et sociale. Pourquoi une nation taxerait-elle ses entreprises (pour le climat ou le social) si sa voisine ne le fait pas ? La peur de perdre en compétitivité bloque toute action unilatérale courageuse. - L’équilibre de Nash (sous-optimal)
État de blocage où aucun joueur n’a intérêt à changer seul de stratégie, car il y perdrait immédiatement, même si la situation actuelle mène tout le monde à la perte.
Implication : Le statu quo est verrouillé. Le système actuel, bien que suicidaire, est « stable » mathématiquement. En sortir demande une coordination simultanée impossible à organiser sans une gouvernance forte qui n’existe pas. - Le problème du passager clandestin (Free-Rider)
Comportement de celui qui bénéficie d’un bien collectif (paix, air pur, immunité collective, acquis sociaux) sans en payer le coût, en laissant les autres faire l’effort.
Implication : Érosion du militantisme et de la civilité. Si l’effort repose sur une minorité active tandis que la majorité attend passivement les bénéfices, le sentiment d’injustice finit par briser la coopération sociale. - La diffusion de la responsabilité (effet témoin)
Phénomène psychosocial où la probabilité qu’une personne intervienne diminue à mesure que le nombre de témoins augmente.
Implication : Dilution de l’urgence. Plus nous sommes nombreux à être conscients des crises (milliards d’humains), moins chaque individu se sent personnellement responsable d’agir. « Quelqu’un d’autre s’en chargera ». - L’Ignorance pluraliste
Situation paradoxale où une majorité de membres d’un groupe rejettent une norme en privé (par exemple, tout le monde est inquiet pour le climat), mais s’y conforment en public car chacun croit, à tort, que les autres l’acceptent.
Implication : Le silence de la majorité. Chacun attend que l’autre parle en premier pour exprimer son désaccord. Cela maintient artificiellement un statu quo que plus personne ne soutient réellement, par peur de l’isolement social. - L’accaparement par les élites (Elite Capture)
Processus par lequel les ressources publiques ou les processus décisionnels sont détournés par une minorité disposant d’un statut supérieur (économique, politique) pour servir ses intérêts propres. Implication : Verrouillage institutionnel. Les lois et régulations nécessaires pour résoudre les crises (fiscalité, écologie, justice) sont bloquées ou édulcorées par ceux qui bénéficient le plus du système actuel.
Failles épistémologiques et informationnelles (le facteur intellectuel)
La crise du système nerveux collectif.
Si les niveaux précédents expliquent pourquoi nous ne pouvons pas agir (biologie/physique) ou ne voulons pas agir (économie/social), ce dernier niveau explique pourquoi nous ne sommes même plus d’accord sur le besoin d’agir.
L’humanité traverse une crise épistémique sans précédent. Nos systèmes de production de la vérité (science, journalisme, éducation) sont saturés par le bruit. Nous avons basculé dans une ère de « post-vérité » non par accident, mais par design. Le marché de l’information est devenu un champ de bataille où la rationalité est structurellement désavantagée face à l’émotion et à la manipulation. Sans une réalité partagée, aucune coordination politique n’est possible : on ne peut pas réparer un monde dont on nie le diagnostic.
Liste des concepts clés :
- L’agnotologie (la production culturelle de l’ignorance)
Discipline étudiant comment le doute et l’ignorance sont délibérément fabriqués. Des acteurs industriels ou politiques financent des « contre-expertises » pour noyer le consensus scientifique (stratégie du tabac appliquée au climat ou à la santé).
Implication : La paralysie par le doute. Il n’est pas nécessaire de convaincre que le problème n’existe pas, il suffit de suggérer que « le débat n’est pas clos » pour différer l’action indéfiniment. - Le Déni Stratégique (ou Déni du Réel)
Contrairement à l’ignorance (ne pas savoir), le déni est le refus inconscient d’intégrer une information traumatique. Face à une vérité trop violente pour la psyché (l’effondrement possible de son mode de vie), l’individu érige un mur mental pour préserver son équilibre interne.
Implication : L’information ne suffit pas. On ne convainc pas une personne en déni avec des graphiques du GIEC supplémentaires. Les faits « rebondissent » sur l’armure psychologique car accepter la réalité serait synonyme d’effondrement intérieur. - L’économie de l’attention (le modèle publicitaire)
Modèle économique du web où la ressource rare est le temps de cerveau disponible : les algorithmes privilégient alors les contenus générant de l’engagement (colère, peur, indignation) plutôt que la nuance ou la vérité.
Implication : Hystérisation du débat public. La réflexion complexe et lente nécessaire aux enjeux systémiques est rendue invisible. Le citoyen est maintenu dans un état d’hyper-réactivité émotionnelle stérile. - Les chambres d’écho et bulles de filtres
Mécanisme algorithmique enfermant l’utilisateur dans un univers informationnel qui ne fait que répéter ses propres opinions.
Implication : Fragmentation de la réalité commune. La société se scinde en réalités parallèles hermétiques. Le dialogue démocratique devient impossible car les opposants ne partagent plus les mêmes faits de base. - La loi de Brandolini (principe d’asymétrie du baratin)
Principe empirique : « La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire. »
Implication : La vérité est structurellement perdante. Le mensonge est rapide, simple et séduisant ; la correction est lente, complexe et ennuyeuse. Le fact-checking arrive toujours trop tard. - Le réductionnisme vs. la pensée systémique
Approche scientifique classique (Descartes) qui découpe les problèmes en petits morceaux pour les résoudre séparément, ignorant les interconnexions.
Implication : Création de problèmes par les solutions. Nos experts travaillent en silos : on soigne une maladie en créant une résistance aux antibiotiques, on produit une batterie verte en détruisant un écosystème minier. Nous échouons à gérer les boucles de rétroaction globales. - L’asymétrie d’information
Situation où une partie (État, GAFAM, banque) détient des informations cruciales que l’autre partie (citoyen, consommateur) ignore.
Implication : Perte de confiance et complotisme. L’opacité des décisions complexes nourrit une méfiance généralisée envers les institutions. Quand la transparence disparaît, le contrat social se rompt.
Solutions
Des outils méthodologiques et scientifiques à disposition
L’indignation est une étincelle, pas une stratégie.
Face à la complexité vertigineuse des problèmes et des urgences de notre époque, la simple bonne volonté ne suffit plus ; elle s’épuise souvent contre le mur du réel. Nous avons longtemps cru qu’il suffisait de demander le changement pour l’obtenir. Nous savons aujourd’hui que pour ne pas seulement dénoncer le monde qui va mal, mais construire celui qui ira mieux, le citoyen doit changer de posture. Il doit passer du statut de spectateur révolté à celui d’architecte outillé.
La recherche de solutions n’est pas une chasse gardée réservée aux experts, aux technocrates ou aux élus. C’est un droit démocratique. Mais ce droit exige des devoirs : se doter d’un arsenal intellectuel et opérationnel consistant. Car la radicalité la plus dangereuse pour le statu quo, aujourd’hui, c’est la compétence.
Les 7 piliers méthodologiques pour décrypter le monde et chercher des solutions.
Pour naviguer dans la complexité de notre époque sans sombrer dans le déni ou le fatalisme, nous ne pouvons nous fier à notre seule intuition. Nous devons convoquer la rigueur. La science met à notre disposition sept piliers méthodologiques robustes pour transformer n’importe quel citoyen en architecte outillé.
L'hygiène épistémique (apprendre à douter)
Discipline : Sciences cognitives
Le cerveau humain est biologiquement structuré pour la survie immédiate et l’économie d’énergie, ce qui en fait une machine à croire plutôt qu’une machine à savoir. L’hygiène épistémique agit comme un pare-feu intellectuel contre les biais cognitifs, ces raccourcis mentaux qui distordent la réalité, et contre la manipulation informationnelle. Elle impose l’inhibition cognitive : cette capacité à suspendre son jugement pour vérifier la solidité de ses propres convictions avant de les propager. C’est la base de toute immunité intellectuelle.
Cadres de référence & concepts clés : Zététique, Épistémologie, Rasoir d’Ockham, Liste des Biais Cognitifs (Biais de confirmation, Biais de négativité, Effet Dunning-Kruger), Charge de la preuve, Courbe du deuil, etc.
Outils pratiques : Méthode CORTEX, Pre-mortem, L’Homme d’Acier (Steelmanning), Méthode SIFT (Stop, Investigate, Find, Trace), Lecture latérale, Échelle de la preuve, Inférence bayésienne, etc.
L'approche systémique (creuser sous la surface)
Discipline : Théorie des systèmes / Cybernétique
Face à une crise, la perception naturelle se focalise sur l’événement visible et bruyant (l’inondation, l’émeute, etc.). L’approche systémique force le regard à dépasser cette lecture linéaire pour appréhender la complexité des interdépendances. Elle oblige à plonger sous la surface des phénomènes pour identifier les structures causales profondes et les boucles de rétroaction qui maintiennent un système en place. Elle nous empêche de nous épuiser à traiter les symptômes pour enfin s’attaquer aux racines du mal.
Cadres de référence & concepts clés : Limites Planétaires (les 9 frontières), Théorie du Donut (Raworth), Analyse du Cycle de Vie (ACV), Effet Rebond (Paradoxe de Jevons), Dynamique des systèmes, Théorie du Chaos, Tipping Points (Points de bascule climatiques), Lois de la Thermodynamique (Entropie), etc.
Outils pratiques : Modèle de l’Iceberg, Diagrammes de boucles causales, Les 5 Pourquoi, Framework Cynefin, Matrice d’impacts croisés, Cartographie des flux (Stocks & Flows), Points de levier de Meadows, etc.
La recherche empirique (mener l'enquête)
Discipline : Sciences de l’information / Méthode expérimentale
Dans une ère de post-vérité où l’opinion se confond avec le fait, cette méthode rétablit la primauté de la preuve. Elle ancre la réflexion dans la réalité matérielle en rejetant les approximations intuitives au profit de la donnée brute et vérifiable. Le citoyen ne « pense » pas que l’eau est polluée, il le « sait » parce qu’il a consulté les relevés hydrographiques.
Cadres de référence & concepts clés : Méthode Scientifique (Hypothético-déductive), Essais Randomisés Contrôlés (RCT), Revue par les pairs (Peer review), Méta-analyse, Open Data, Open Science, etc.
Outils pratiques : Frameworks OSINT, Google Dorks, Recherche d’image inversée, Triangulation des données, Demandes d’accès aux documents administratifs, Protocoles de vérification (Fact-checking), etc.
Le raisonnement analogique (copier ce qui marche)
Discipline : Biologie évolutive / Histoire comparée
L’injonction à l’innovation permanente fait souvent oublier que les problèmes rencontrés ont probablement déjà été résolus ailleurs ou avant. Le vivant cumule 3,8 milliards d’années de « Recherche & Développement » validée par la sélection naturelle, tout comme l’histoire humaine regorge de modèles de résilience oubliés. Cette approche invite à l’humilité scientifique : transposer plutôt que réinventer.
Cadres de référence & concepts clés : Biomimétisme, Économie Circulaire, Low-Tech (Basse technologie), Agroécologie, Permaculture, Écologie Industrielle, Solutions fondées sur la Nature, etc.
Outils pratiques : Base de données AskNature, Méthode TRIZ, Matrice morphologique, Analyse historique comparée, Méthode SCAMPER, Études de cas transversales, etc.
La prospective stratégique (anticiper les futurs)
Discipline : Futorologie
On ne dirige pas un navire en regardant seulement les vagues immédiates. Contre la myopie temporelle inhérente au cerveau humain, la prospective permet de s’extraire de la dictature de l’instant pour construire des scénarios structurés (probables, plausibles, souhaitables). Elle ne prédit pas l’avenir, elle le prépare en testant la robustesse des solutions actuelles face aux chocs potentiels.
Cadres de référence & concepts clés : Collapsologie (Étude des risques d’effondrement), Théorie du Cygne Noir, Courbe d’adoption de l’innovation, Principe de Précaution, Résilience systémique, etc.
Outils pratiques : Cône des Futurs, Backcasting (Rétropolation), Planification par scénarios, Analyse PESTEL, Cartographie des signaux faibles, Roue des futurs, Design Fiction, etc.
L'intelligence collective (faire corps)
Discipline : Psychologie sociale / Sociologie des organisations
Avoir raison tout seul est inutile. La science des organisations prouve que la diversité cognitive d’un groupe, si elle est bien structurée, surpasse toujours l’expertise solitaire. Ce pilier nous donne les règles pour éviter la « pensée de groupe » (le conformisme) et transformer une somme d’individus en une entité capable de coopérer et de décider efficacement.
Cadres de référence & concepts clés : Gestion des Communs (Théorie d’Elinor Ostrom), Démocratie Délibérative, Théorie des Jeux (Coopérative), Sociocratie / Holacratie, Open Source (Logiciel libre), Fenêtre d’Overton, Règle des 3,5% (Erica Chenoweth), etc.
Outils pratiques : Méthode des 6 Chapeaux de Bono, Gestion par Consentement, Méthode Delphi, Structures Libératrices, World Café, Débat mouvant, Fishbowl, etc.
L'effectuation (commencer ici et maintenant)
Discipline : Sciences de gestion / Entrepreneuriat
C’est l’antidote à la paralysie de l’analyse. Trop souvent, le citoyen attend d’avoir « tous les moyens » ou le « plan parfait » pour agir. L’effectuation nous enseigne l’inverse : partir de ce que l’on a (qui je suis, ce que je sais, qui je connais) pour créer de la valeur immédiatement. Au lieu de viser un objectif lointain et hypothétique, on construit la solution par petits pas, en transformant les imprévus en opportunités et en acceptant l’essai-erreur. C’est la méthode pour bâtir grand avec des ressources limitées.
Cadres de référence & concepts clés : Nudge (Théorie du coup de pouce / Architecture de choix), Comptabilité en Coûts Complets (True Cost Accounting), Nouveaux Indicateurs de Richesse (IDH, ISS), Économie de la fonctionnalité, EROEI (Retour énergétique), etc.
Outils pratiques : Principe de la Perte Acceptable, Principe du Crazy Quilt, Principe de la Limonade, Lean Canvas, Produit Minimum Viable (MVP), Prototypage rapide.
Limites des méthodes et nouvelle opportunité citoyenne
Pourquoi ces méthodologies n’ont-elles pas encore apporté de solutions “miracles” ?
Depuis des décennies, l’action citoyenne s’appuie sur des piliers robustes validés par la science. Ces méthodes sont indispensables, elles sont la base de toute rigueur intellectuelle. Cependant, soyons lucides : bien qu’efficaces dans leurs résultats, ces méthodes demandent du temps, beaucoup de temps, un temps que nous n’avons pas. La vitesse de dégradation de nos écosystèmes et la complexité des flux financiers ou sociaux dépassent désormais les capacités de traitement du cerveau humain. Analyser les causes profondes d’une crise ou synthétiser des milliers de solutions biomimétiques prend des années. Nous n’avons pas ce temps …
L’IA générative : un nouvel outil citoyen pour comprendre, explorer, et agir face aux urgences de notre époque ?
Une opportunité semble émerger pour compresser le temps dans l’action citoyenne : l’intelligence artificielle générative.
Intégrer l’IA générative dans les approches méthodologiques réactiverait les outils classiques du citoyen (l’esprit critique, l’analyse systémique, le raisonnement analogique, etc.) mais à la vitesse et à l’échelle exigées par l’urgence.
Loin d’une solution magique, l’IA générative serait ici un exosquelette cognitif qui permettrait à n’importe quel citoyen d’avoir le pouvoir d’agir, vite et fort, via 3 leviers majeurs.
Briser les silos par l'innovation recombinante
Les réponses aux défis de notre époque sont souvent déjà là, fragmentées entre des milliers de disciplines qui ne se parlent pas. L’IA générative agit comme un tisserand universel. Grâce à sa capacité à traiter le langage et les concepts comme des vecteurs mathématiques, elle seule peut ingérer la masse colossale du savoir humain (biologie, sociologie, économie, etc.) pour y détecter des corrélations invisibles. Elle permet l’innovation recombinante (exemple : associer instantanément une technique agricole ancestrale, une découverte récente en chimie verte et un modèle de gouvernance locale pour créer un solution hybride et inédite). Elle transforme une information dispersée en intelligence systémique.
Hacker les biais pour libérer l'imaginaire
L’urgence exige une rupture, mais le cerveau humain est biologiquement câblé pour économiser son énergie et reproduire des schémas connus (biais de confirmation et dépendance au sentier). Pour inventer le monde d’après, nous devons sortir des rails de la pensée conventionnelle. L’IA générative, parce qu’elle n’a ni « bon sens » ni préjugés culturels, excelle dans la pensée divergente. Elle nous force à explorer l’espace des possibles en proposant des scénarios de résilience ou des modèles sociaux « hors cadre » que nos habitudes cognitives nous auraient empêchés d’envisager. Elle ne remplace pas notre créativité, elle la provoque et la déverrouille.
Démocratiser la complexité pour agir ensemble
Enfin, il n’y a pas de transition écologique et sociale sans appropriation citoyenne. Or, la technicité des enjeux (rapports du GIEC, traités juridiques, modélisations énergétiques, etc.) crée une asymétrie de pouvoir paralysante. L’IA générative joue ici un rôle de traducteur radical. En rendant intelligibles et accessibles les données les plus complexes, elle nivelle le terrain du savoir. Elle permet de transformer n’importe quel citoyen en acteur éclairé, capable de comprendre les enjeux et de co-construire les solutions.
En somme, l’utilisation de l’IA générative n’est pas une démission de l’esprit critique humain. Au contraire, c’est le choix d’équiper une conscience militante d’un exosquelette intellectuel pour être à la hauteur du défi vital qui est le nôtre. Néanmoins, pour qu’elle reste un outil d’émancipation et non d’aliénation, il est nécessaire d’appliquer un principe fondamental : l’humain initie la démarche (il pose l’intention éthique et politique), l’IA exécute (elle traite la complexité et propose des scénarios), l’humain valide (il vérifie la fiabilité des faits et tranche sur la désirabilité de la solution). Ne jamais déléguer aveuglement son jugement moral à un algorithme.
PS : Les angles morts de l’approche
Se doter de cet arsenal méthodologique et technologique ne relève d’aucune naïveté. Il est impératif d’avoir conscience des angles morts de cette démarche pour les affronter plutôt que de les ignorer.
- Le savoir ne remplace pas le pouvoir. L’accumulation de preuves scientifiques ne suffit pas, à elle seule, à faire plier des intérêts financiers ou politiques établis. Le blocage actuel n’est pas cognitif, il est systémique. Ces outils ne servent pas à ignorer le réel, mais permettent de passer de la plainte audible à la proposition irréfutable. Ils ne remplacent pas le rapport de force, ils constituent l’armement nécessaire pour le gagner.
- L’IA regarde le passé, l’humain regarde l’avenir. Il ne faut pas ignorer que l’Intelligence Artificielle est entraînée sur les données du « vieux monde », charriant ses biais et son conformisme. Lui demander d’inventer demain est un paradoxe structurel. L’outil ne doit donc pas être utilisé comme un oracle, mais comme un levier pour la pensée divergente. Il revient à l’intelligence humaine de forcer la machine à sortir des sentiers battus.
- L’accélération s’arrête là où le réel commence. Si la technologie permet de compresser le temps de la réflexion (concevoir en quelques heures ce qui prenait des mois), elle ne comprime pas le temps de l’action sociale et politique. Convaincre, bâtir, planter et réparer exigera toujours la patience du jardinier et la ténacité du militant. Cette friction du réel est incompressible et doit être acceptée.
- Le coût des armes. Enfin, l’empreinte écologique du numérique utilisé ne peut pas être occultée. Le pari consiste à investir cette énergie de calcul aujourd’hui pour concevoir les systèmes sobres de demain. L’usage du pharmakon (à la fois remède et poison) exige de la précision : l’urgence n’autorise plus la pureté absolue, mais impose l’efficacité opérationnelle.
Il ne s’agit pas ici de chercher des solutions miracles, car il n’en existe pas. Il s’agit de se donner les moyens de se battre à armes égales avec la complexité du siècle.
Protocole de recherche de solutions via l'IA générative
Pour transformer une intention citoyenne en stratégie concrète sans y passer dix ans, il convient de suivre des protocoles. Ces protocoles ne visent pas à obtenir une réponse « clé en main » (l’IA ne sauvera pas le monde à notre place), mais à orchestrer un dialogue structurant entre l’intuition humaine et la puissance de calcul.
Ces protocoles mettent en lumière une compétence nouvelle, indispensable au militant du XXIe siècle : l’art de questionner.
L’IA générative ne fournit des réponses pertinentes que si elle est pilotée par des questions de haute précision. La qualité de la sortie (« l’output ») est strictement corrélée à la qualité de l’entrée (le « prompt »). Savoir formuler un problème, poser des contraintes, définir un contexte et exiger un format spécifique devient, paradoxalement, plus important que de détenir la réponse elle-même.
Dans cette alliance, l’humain reste l’architecte du sens et le garant de l’éthique. L’IA n’est que l’ouvrier infatigable qui explore les possibles. Mais c’est précisément de cette friction entre une conscience qui dirige et une machine qui démultiplie que naîtront les solutions à la hauteur des défis qui nous attendent.
Bonus : quelques interrogations personnelles
Mieux comprendre pour mieux agir.
Les thèmes qui motivent mon passage à l'action
Ce qui motive mon passage à l’action n’est pas ce qui attire l’attention, mais ce qui modifie en profondeur la trajectoire. Je cherche à agir là où une idée, une initiative ou un nouveau récit peuvent réparer, préserver, régénérer.
Solidarité
Pour moi, la solidarité n’est pas une morale d’appoint, mais une infrastructure : elle transforme la fragilité individuelle en puissance collective. Je soutiens les dispositifs qui rendent l’entraide praticable afin que nul ne soit assigné à la survie quand il pourrait contribuer au bien commun.
Hygiène de l'attention
Nous vivons dans un écosystème cognitif saturé. Certains canaux (médias traditionnels, réseaux sociaux, …) capturent notre attention pour la revendre ; ils produisent fatigue, colère et raccourci mental. D’autres, mieux conçus, la respectent et produisent de la compréhension et du temps long. Ma préférence va aux espaces informationnels et culturels où l’on sort plus lucide qu’on est entré. Protéger l’attention, c’est sécuriser la démocratie et la santé mentale.
Coopération avant domination
Je sais que la compétition (concurrence) maximise la vitesse. Je sais aussi qu’elle tue la robustesse et la durabilité du vivant. Je préfère alors la coopération : des jeux à somme positive (« win-win »), des coalitions temporaires, des modèles de partage de valeur, la coopétition quand elle sert l’intérêt général. Au regard des urgences de notre époque, la victoire n’est pas de battre l’autre, mais de gagner avec.
Climat et vivant : indissociables
Le CO₂ est un indicateur, pas une boussole unique. Je mets au même niveau la réduction du carbone et la régénération de la biodiversité : sols, eau, occupation de l’espace, continuités écologiques, beauté des paysages, santé des esprits. Je me méfie des métriques uniques et préfère les tableaux vivants : plusieurs mesures, plusieurs temporalités, un même cap.
IA : superpuissance à civiliser
L’IA n’est ni sauveuse ni menace par essence : c’est une force à orienter. Je plaide pour des conditions de possibilité (alignement sur les priorités de l’humanité, auditabilité, frugalité énergétique, accès équitable) et pour des usages qui augmentent les capabilités (apprendre, soigner, comprendre, décider) plutôt que remplacer le lien humain. Je refuse le déclin cognitif autant que l’automatisation de la précarité.
La garantie d'existence : socle d'une croissance durable
Je vois dans les dispositifs de garantie d’existence (ex : service public universel, sécurité alimentaire…) un accélérateur d’autonomie : sécuriser la base de l’existence pour libérer l’initiative, le soin, l’engagement. Moins d’angoisse de survie, plus de création utile (individuelle et collective).
Biens communs et propriété partagée
Des data aux terres, des logiciels aux savoirs : les communs offrent un cadre dans lequel l’utilisation individuelle renforce la valeur collective. Je milite pour des règles de gouvernance claires (accès, entretien, partage des bénéfices) afin que ces ressources restent ouvertes, protégées et pérennes.
Les piliers de la conduite de mon action
Mon parcours m’a appris que la réussite d’une action ne repose pas seulement sur la qualité d’une idée, mais sur la posture intérieure de ceux qui la portent. Avec le temps, trois repères se sont imposés comme les fondations de ma manière d’agir : la science (pour comprendre le réel), la morale (pour choisir la bonne direction), et l’expérience (pour ajuster en marchant).
Ces trois piliers ne sont pas des principes abstraits : ils guident concrètement mes décisions, mes collaborations et la façon dont j’envisage la transformation que je veux mener.
La science comme boussole
J’aime les idées, mais je crois surtout aux preuves.
Dans un monde saturé d’opinions rapides et de certitudes bruyantes, choisir la science, c’est choisir la rigueur. C’est préférer la transparence au mystère, l’expérimentation au dogme, le doute constructif à l’arrogance des intuitions.
S’appuyer sur la science, c’est une forme de respect : respect pour ceux à qui l’on s’adresse, respect pour la complexité du réel, respect pour la vérité, toujours provisoire mais toujours à rechercher.
Elle offre des boussoles fiables pour naviguer dans l’incertitude, et permet de bâtir des solutions qui ne reposent pas sur des croyances ou des illusions, mais sur des faits.
Dans l’action, la science ne remplace pas l’intuition, mais elle l’éclaire et la corrige. Elle permet d’avancer vite sans dériver, d’imaginer sans se perdre, de créer sans tromper.
La morale comme cap
Savoir comment faire ne suffit pas : encore faut-il savoir pourquoi on le fait.
La morale, pour moi, n’est pas une posture, mais une exigence quotidienne : celle d’interroger la valeur et la conséquence de chaque choix. Elle impose de refuser la réussite qui se ferait au détriment du vivant, de la dignité humaine ou de la justice sociale.
Cette philosophie oriente la créativité vers ce qui compte vraiment : l’utilité sociale, pas la gloire personnelle ; le bien commun, pas la seule performance.
La morale, ainsi vécue, n’est pas un frein : elle est un moteur. Elle libère des illusions et des vanités pour se concentrer sur ce qui a de la valeur. Elle transforme chaque action en choix conscient et chaque projet en contribution à quelque chose de plus grand que soi.
L'expérience comme méthode
On ne progresse qu’en faisant.
Les idées naissent dans les têtes, mais leur vérité se joue dans la réalité. Le terrain corrige la théorie, révèle les angles morts, inspire de meilleures décisions.
L’expérience, pour moi, est un cycle vivant : prototyper, observer, ajuster, diffuser. Dans cette boucle, l’erreur devient source d’apprentissage et la réussite, un point de départ plutôt qu’un aboutissement.
Cette approche réduit la distance entre ceux qui conçoivent et ceux qui vivent les changements, installe une culture d’humilité et renforce la pertinence des solutions.
L’expérience libère aussi de la peur : la peur de l’échec, la peur du jugement. En acceptant que la pratique précède la perfection, on crée un espace où l’innovation peut réellement éclore, avec courage et pragmatisme.
Au boulot !
La parole n’a de poids que si elle se change en levier.
Accompagner
Je mets mes compétences en marketing, stratégie et innovation là où elles peuvent changer la donne : auprès des entreprises responsables, des start-ups à impact, des services publics en quête de renouveau et des ONG qui défendent les droits et le vivant. À chaque mission, je poursuis un même but : faire gagner les organisations engagées face à des modèles économiques destructeurs.
Entreprendre
Parce qu’aucune théorie ne vaut un prototype, l’engagement prend aussi la forme la plus concrète : l’entrepreneuriat. J’imagine, lance, teste, itère, ferme ou déploie des projets innovants et engagés : autant de cycles qui transforment mes convictions en solutions, et mes idées en structures capables d’agir plus vite que l’urgence ne progresse.
Investir
Ma contribution ne s’arrête pas à la production. Elle passe aussi par l’investissement : diriger le capital vers des initiatives innovantes et utiles revient à voter chaque jour pour le monde souhaité. Là où l’argent circule, les modèles se diffusent : mieux vaut qu’il trace des sillons fertiles.
Réfléchir
Au-delà de mes actions dans le monde économique, l’innovation dans les politiques publiques est un sujet qui éveille ma curiosité. J’explore des concepts, note des idées, parfois convenues, parfois de rupture, qui peut être un jour trouveront un écho pratique.
Le chantier est ouvert.
Au boulot !